Qu'est-ce que l'écoscénographie ?

Cette synthèse a été élaborée sur la base d’un travail et de discussions entre avril et juin 2023 avec les membres du groupe de recherche-action « Qu’est-ce que l’écoscénographie ? » de l’Augures Lab Scénogrrrraphie : Solweig Barbier, Rachel Garcia, Caroline Géral, Séverine Kalasz, Zoé Laune, Yannick Le Guiner, Élaine Méric, Quentin Rioual, Clémentine Roche, Sarah Sassenus, Cédrik Toselli et Annabel Vergne, ainsi qu’avec les invité·es et participant·es à l’Atelierrrr « Qu’est-ce que l’écoscénographie ? » du 05 juin 2023, co-organisé par l’Augures Lab Scénogrrrraphie et la vie brève — Théâtre de l’Aquarium.

Problématique

Dans le préfixe « éco- », se logent des sens, des enjeux et des pratiques diverses. Ce petit mot, évident en apparence, que fait-il à la scénographie ? Et dans quelle mesure est-il possible de définir les valeurs, relations et pratiques de l’écoscénographie tout en tenant compte de la variété des contextes ?

Cadre de recherche-action

Constat

Déclinaison de la scénographie, l'écoscénographie suppose d'intégrer la réflexion écologique au fondement de la discipline. Or, la scénographie est un champ ouvert de pratiques et l'écologie un terme polysémique. Entre le greenwashing, les stéréotypes et les craintes associés aux pratiques écologiques, un espace de transformation bénéfique de la discipline peut se dégager.

Périmètre

Faire le point sur les notions, diffuser des outils et inciter à l'expérimentation informée.

Cibles

Tous métiers de la chaîne scénographique.

Freins

Diversité des contextes de production et diversité des pratiques.

Leviers

Outils de l'économie circulaire,  littérature académique et professionnelle existante.

Enjeux

Proposer une définition précise mais ouverte de l'écoscénographie, définir une communauté de valeurs et de pratiques, imaginer des ateliers d'imagination et de mise en action.

Faire coïncider l'abstrait des valeurs et le concret des pratiques

Dans leur article « L'éco-design ou l'épreuve de l'invisible écologique », le philosophe Vincent Beaubois et le designer François-Xavier Ferrari cherchent à « montrer que l'éco-design n'est pas qu'une simple méthode d'optimisation ou de résolution de problèmes, mais un geste qui nous pousse à faire l'épreuve des interrelations invisibles qui donnent sa consistance à notre monde [1] ».

Comme champ spécifique de l'éco-design, l'écoscénographie peut pareillement s'appréhender à la fois comme un secteur d'application du processus normé d'écoconception et comme un secteur d'expérimentation sensible des interdépendances qui font monde. Or, d'une part, l'écoconception paraît difficilement généralisable dans son sens strict dans le secteur scénographique au vu des moyens économiques que suppose cette approche. D'autre part, on peut considérer que les scénographies forment déjà le biotope d'un monde invisible révélé par un spectacle ou une exposition.

Pour définir l'écoscénographie aujourd'hui, il s'agirait alors de voir a) quelle méthode d'optimisation ou de résolution de problèmes peut vraisemblablement être adoptée par les professionnel·les du secteur, et b) quelle est la nature des interrelations invisibles dont l'écoscénographie pourrait particulièrement se préoccuper ? Pour répondre à ces questions, le groupe de recherche-action « Qu'est-ce que l'écoscénographie ? » fait l'hypothèse qu'approche pragmatique et approche éthico-philosophique sont indissociables, voire constituent la spécificité de l'écoscénographie.

En tant que concept et pratique, l'écoscénographie (ecoscenography) a déjà fait l'objet de travaux, notamment de la part de Tanja Beer, scénographe et chercheuse australienne (Ph.D). Fin 2021, son ouvrage Ecoscenography: An Introduction to Ecological Design for Performance [2] rassemble le fruit de plus de dix ans de réflexion sur le sujet :

  • « An Introduction to Ecological Design for the Performing Arts » [3] proposait une déclinaison des mouvements d'écodesign à la scénographie de spectacle ;
  • « Ecoscenography; the Paradigm and Practice of Ecological Design in the Performing Arts » (thèse de doctorat, 2016) propose une ecoscenography trajectory basée sur celle de Bill Reed (2007 et 2012, avec Pamela Mang) ;
  • « Saved from the Scrapheap: Revealing the creative and ecological potential of societal leftovers in scenography » [4] considère la portée sociale plus-qu'humaine de la scénographie et y voit une pratique d'apprentissage perpétuel d'un triple point de vue : éthique, artistique et intellectuel.

Ces travaux ainsi que les nombreux guides, manifestes et réseaux témoignent d'un champ international de recherche-action et de recherche-création d'une grande vivacité. En posant la question "Qu'est-ce que l'écoscénographie ?", l'Augures Lab Scénogrrrraphie a proposé à ses membres et partenaires de réfléchir, de manière située, aux principes-clés de ce champ émergent en mouvement.

[1] Sciences du design, Presses universitaires de France, 2020/1, n°11, p. 52 / [2] Voir aussi Theatre and Performance Design, Tanja Beer (ed.), vol. 7, Issue 3-4 (2021) et notamment l'article "Regenerative inspiration for ecoscenography" / [3] Cultural Ecology Symposium proceedings at Deakin University, Australia, 2012 [4] Performance Research, 2017

Préalable

Le terme de « scénographie » désigne tant une pratique artistico-technique que le résultat de cette pratique. Autrement dit, « la » scénographie intègre le processus humain alors que s'attacher à « une » scénographie limiterait à l'objet fini.

De son côté, le préfixe « éco- » peut qualifier la dimension environnementale d'un élément mais aussi, plus fondamentalement, sa condition écologique profonde, c'est-à-dire engagée dans le monde à des échelles intime, sociale et environnementale. Chercher à définir l'écoscénographie nous a conduit à nous poser quelques-unes des questions suivantes :

  • Quels sont les critères et moyens de distinction de ce qui relève de l'écoscénographie ?
  • Comment l'écoscénographie se manifeste-t-elle dans l'histoire et comment sa définition est-elle amenée à évoluer au regard de l'évolution des contextes écologiques ?
  • En quoi la scénographie et l'écoscénographie continuent-elles de s'entrelacer dans une période prise entre inertie, radicalité et expression de besoins en termes de conduite du changement ?
  • La pensée de l'écoscénographie permet-elle de se positionner sur le terrain de la préservation de la liberté artistique, entre contraintes choisies et contraintes subies (aujourd'hui et demain) ?

En somme, ces sous-problématiques interrogent en quoi l'écoscénographie est affaire de classification, en quoi elle est un objet historique mouvant, en quoi elle reste liée, ou non, à la scénographie sans « éco- », en quoi elle garantit la liberté de création.

Définition

L’écoscénographie est une pratique écoresponsable de la scénographie, intégrant une approche cycle de vie. Elle suppose une démarche écosystémique informée, structurée et outillée d’un point de vue artistique, technique, administratif et logistique. Sa mise en œuvre est assurée par l’intelligence collective à une échelle interprofessionnelle. Dans un cadre soutenable voire régénératif, elle tend à réduire ses impacts socio-environnementaux et participe à l’équilibre du vivant.

Mots-clés

Choix a été fait de prendre en considération la pratique de création et de production scénographique plutôt que l'objet fini, privilégiant ainsi l'humain sur la matérialité, la diversité sur la normalisation, la façon de travailler sur ses conséquences. Par extension, évoquer les pratiques permet aussi de s'intéresser aux valeurs et aux relations de travail.


Ce terme apporte une dimension technique à la mise en œuvre d'un projet scénographique écoresponsable en l'intégrant dans le champ de l'économie circulaire. Il débute dès les choix de conception jusqu'à sa fin de vie, en passant par les approvisionnements de matériaux, les techniques de fabrication, la logistique, le temps public, l'allongement de la durée d'usage des matériaux et en dernier lieu, si aucune autre option n'est possible, son recyclage.


Il s'agit de repenser l'écosystème, dans sa globalité, c'est-à-dire les modes d'inter-relations complexes entre les acteur·rices de la chaîne de métiers impliqués à chaque étape du cycle de vie d'une scénographie. Pour cela, il faut que ces acteur·rices soient sensibilisé·es aux enjeux, pourvu·es d'outils pour changer leurs pratiques et qu'iels se coordonnent et échangent pour structurer le mouvement de transformation.


Nous croyons aux dynamiques de coopération comme moteur de mutations profondes. Nous sommes convaincu·es que mutualiser nos compétences et nos expériences, de manière horizontale et empathique, est un levier puissant.


Pour se projeter vers un horizon désirable, il convient de tendre vers un héritage positif et inspirant pour l'ensemble du vivant plutôt que de tenter seulement d'être éco-efficient en réduisant nos impacts négatifs sur l'environnement et la société.


Affiche A3 de la définition à accrocher sur votre lieu de travail !

Valeurs et pratiques

Quelles valeurs et pratiques de travail sont au fondement de l'écoscénographie ? Les définir peut nous aider à esquisser un nouvel écosystème qui tende vers un futur désirable, pour le vivant et le non-vivant.

Dimension interprofessionnelle

→ Valeurs

Concertation, collaboration, horizontalité, audace

→ Pratiques

  • Généraliser la discussion des enjeux posés par la scénographie

  • Engager les acteur·rices avec soi

  • Créer ou intégrer de nouveaux profils/métiers

  • Redéfinir les modalités de discussion

  • Sortir des sentiers battus

Dimension informationnelle

→ Valeurs

Conscience, sensibilisation-formation, recherche-action, responsabilité

→ Pratiques

  • Utiliser des outils d'information, de sensibilisation et d'aide à la décision

  • Appliquer les principes de l'économie circulaire et de l'écoconception

  • Acquérir de nouvelles compétences

  • Temps de partage entre pairs

Dimension politique

→ Valeurs

Sobriété, participation, radicalité, engagement

→ Pratiques

  • Définir l'essentiel

  • Intégrer de nouvelles entités à l'élaboration du projet scénographique

  • Aller là où on dit qu'il est impossible d'aller

  • Agir, être acteur·rice de la transition

Dimension environnementale

→ Valeurs

Éco-efficience, démarche intégrée, écoconception, biophilie, biomimétisme

→ Pratiques

  • Partir de l'existant

  • Penser le cycle de vie dès la conception

  • Être économe en ressources

  • S'inspirer du vivant, créer du lien avec le vivant

  • Adopter des stratégies restauratrices et régénératrices

  • Produire moins de déchets et (faire) réemployer au lieu de jeter

Dimension sociale

→ Valeurs

Réduction des risques et des rythmes, satisfaction et bien-être au travail

→ Pratiques

  • Allonger le temps de la conception
  • Allonger le temps de la construction
  • Désinvestir dans les coûts matériaux
  • Investir dans les coûts humains

Dimension émotionnelle

→ Valeurs

Nécessité, sensations, empathie, immatériel

→ Pratiques

  • Interroger et investir la nécessité de chaque geste scénographique, pour soi et pour le monde

  • Considérer la part invisible du geste scénographique (imagination, impacts masqués...)

  • Penser à l'humain et au plus-qu'humain (vivant et non vivant)

Ateliers pour penser l’écoscénographie (DIY)

Do It Yourself ! Nous vous proposons deux ateliers à reproduire en équipe afin de se sensibiliser collectivement à l'écoscénographie. Ils reprennent les deux versants du sujet : une approche pragmatique par la compréhension du cycle de vie et une approche éthico-philosophique par la capacité de projection et d'adaptation à un futur environnement.

Idée originale et conception : Gaëlle Kikteff (Scala circulaire)

Pour qui : professionnel·les de la culture
Matériel : roue de Brézet vierge à remplir et roue de Brézet avec les consignes / questions clés pour chaque groupe - imprimées en A3 (fichiers disponibles ci-dessous), stylos
Durée : 1h par petits groupes puis 30 minutes de restitution collective
Consigne générale : Vous souhaitez réduire au maximum les impacts environnementaux à chaque étape de la vie de la prochaine scénographie dont vous avez la responsabilité. En vous appuyant sur la roue de Brezet adaptée à la culture, listez les actions à mettre en place du début à la fin de la vie de la scénographie.
Conseil : mettez autour de la table des professionnel·les ayant des métiers différents

Préparation :

  • Identifiez un contexte précis à étudier : plus le projet ou la structure seront précis·es, plus les propositions seront concrètes et pertinentes !
  • Menez l'enquête sur les différentes étapes du cycle de vie du projet choisi, afin d'adapter la roue de Brézet à la réalité.

Animation :

  • Rappelez les grands objectifs de l'atelier ;
  • Répartissez les équipes en sous-groupes selon les étapes du cycle de vie, iels nommeront un·e ou deux rapporteur·rices ;
  • N'hésitez pas à stimuler l'imaginaire des participant·es en passant dans les groupes : posez des questions pour clarifier les propos, relevez les incohérences du secteur, etc. ;
  • Timez ! Rappelez régulièrement que l'heure tourne.

Restitution :

  • Par sous-groupes, en suivant l'ordre des étapes du cycle de vie, invitez à la restitution orale.
  • Une captation sonore ou vidéo est toujours la bienvenue pour conserver les notions abordées à l'oral mais non écrites.

Idée originale : Augures Lab Scénogrrrraphie / Conception : Marguerite Courtel (Les Augures)

Pour qui : professionnel·le·s de la culture
Matériel : 1 très grande feuille blanche par groupe (A2 si possible), 1 page consigne par groupe (A4 - fichier disponible ci-dessous), magazines, rouleau traceur, stylos, feutres, surligneurs, paires de ciseaux et colles (2 par groupe si possible)
Durée : 1h par petits groupes puis 30 minutes de restitution collective
Consigne générale : La scénographie c'est l'art de mettre en espace. Comment met-on en espace, en respectant les limites planétaires, en 2050 ? Dans cet atelier prospectif et créatif, les participant·es sont invité·es à inventer le futur de l'écoscénographie en 2050. Stimulez votre imagination !
Conseil : mettez à disposition le plus de magazines différents possibles (arts, architecture, journal de ville, catalogue produits, etc.)

Déroulé :

  • Demandez aux participant·es de fermer les yeux et lisez à haute voix le texte ci-dessous :

    « Nous sommes en 2050, dans un monde bouleversé par le dérèglement climatique, où les flux d'approvisionnement sont limités, les énergies fossiles quasi inexistantes, les fluides utilisés en parcimonie, les matériaux et composants régulièrement en proie à des pénuries... Face à ces mutations, l'économie de partage est devenue la norme, les déchets n'existent plus et sont ressources. Les populations se sont regroupées en quatre communautés distinctes :

    • Les « néoruraux·les » qui vivent en communauté, travaillent la terre en permaculture. Ces modèles ruraux ambitionnent une souveraineté alimentaire et l'organisation en réseau. Iels ne se déplacent pas.
    • Les « néonomades » ont choisi l'itinérance et se déplacent sur le territoire en fonction des saisons et des opportunités. Iels ont des métiers artisanaux, sont dans la transmission et troquent leur savoir-faire contre des denrées alimentaires quand iels arrivent dans les villes. Iels utilisent les low techs et vivent en habitats légers.
    • Les « tenaces urbain·es » ont choisi de rester dans les villes qu'iels ont déminéralisé pour accueillir plus de biodiversité. Les logements vides ont été réquisitionnés et les habitats partagés sont la norme.
    • Les « coûte que côte » sont les populations des littoraux qui ont subi la montée des eaux. Iels utilisent la bioluminescence, les marées, les vagues pour s'éclairer et produire de l'énergie. »
  • Les participant·es choisissent leur communauté en 2050 parmi les 4 propositions, essayez d'orienter pour faire en sorte que les groupes soient homogènes ;

  • Les participant·es sont à présent invité·es à imaginer l'écoscénographie dans l'environnement qu'iels ont choisi en 2050. Voici une liste de questions qui peuvent guider la réflexion :

    • récits : que raconte la scénographie ?
    • qui est engagé·e dans sa réalisation ? qui sont les artistes ? quelles sont les relations dans la chaîne de métiers impliqués ?
    • où et comment est-elle réalisée ?
    • avec quels matériaux ? comment sont gérés les fluides ?
    • à destination de qui ? quel est le rapport aux publics ? quel est le rapport au vivant et au non-vivant ?
    • combien de temps est-elle présentée ?
    • quelle communication autour du projet ?
  • Pour rendre compte de leurs réflexions, les participant·es créent un moodboard à partir des magazines mis à disposition pour nourrir leur créativité. Il ne s'agit donc pas de produire une représentation exacte de la scénographie en question mais plutôt une agrégation de représentations visuelles en collage afin d'illustrer plusieurs aspects du projet et de son environnement. Rappelez aux participant·es qu'iels doivent se garder un petit temps à la fin pour préparer leur présentation de la fresque.

  • Restitution collective : chaque groupe présente son moodboard à l'oral. Pensez à capter la restitution car des éléments pertinents sont dits à l'oral mais ne transparaissent pas sur les fresques.


Support des ateliers

S'initier à l'approche cycle de vie

Imaginer l'écoscénographie en 2050

Conclusion

L'écoscénographie serait-elle une manière de prendre en charge une partie de nos communs négatifs, au sens où l'entend le chercheur Alexandre Monnin dans Politiser le renoncement (p. 125, éd. Divergences, 2023) ?

Si le soin apporté aux « communs positifs » vise à les faire perdurer, celui apporté aux « communs négatifs » vise à les « faire atterrir », selon l'expression de Bruno Latour (p. 43). Ces communs négatifs sont ces réalités dont « personne ne veut » (p. 38) : « Les déchets organiques en font partie, bien sûr, les déchets nucléaires aussi mais, au-delà, il faut imaginer les paysages de l'Anthropocène, les rebuts de la Technosphère, les infrastructures en déshérence, les sols pollués, les rivières asséchées... », liste à laquelle nous pouvons ajouter les ruines de nos spectacles et expositions.

Pour Alexandre Monnin, il y a des ruines ruinées et des ruines ruineuses. Appliquées à la scénographie :

  • les ruines ruinées sont ces décors que l'on n'active plus et dont on ne sait plus que faire ;
  • les ruines ruineuses sont ces réalités affectives et professionnelles qui continuent d'alimenter le stock des ruines ruinées et de consolider les logiques ruineuses.

La prise en charge démocratique de ces ruines suppose de prendre du temps (p.113). Tout l'inverse de ce que serait une approche autoritaire, souvent incarnée par l'imposition de normes. À la démocratie et à l'anticipation, Alexandre Monnin ajoute un troisième critère (p.114) :

  • « Le troisième critère, peut-être le plus important du point de vue de la redirection écologique, concerne le caractère brutal ou non brutal des arbitrages réalisés (... i.e. concerne) la prise en compte des attachements des personnes concernées par le fait de devoir renoncer à des infrastructures, des activités ou encore, des modes de vie - entre autres choses. »

Prendre en compte nos attachements est un mouvement de trois opérations complémentaires :

  • cartographier nos attachements, « ce à quoi l'on tient et ce qui nous tient » et enquêter à leur sujet (p.115) :
    • les attachements auxquels on tient, ce sont les valeurs et les pratiques dont l'écoscénographie peut se faire le vecteur ;
    • les attachements qui nous tiennent, ce sont les freins à la mise en place de l'écoscénographie ;
  • se désattacher : acquérir des savoirs et des savoir-faire en vue de se désattacher de ce dont on peut et qui le mérite (p.116) : comprendre et adapter l'économie circulaire au secteur culturel, savoir échanger les connaissances, savoir appliquer l'écoconception à un projet scénographique précis, savoir envisager son métier et sa pratique au-delà d'un présent souvent têtu, etc. ;
  • se réattacher à d'autres modes de vie et d'autres conditions de subsistance, car toute désaffectation appelle une réaffectation (p.116). Dans la chaîne de travail, cela veut dire se réattacher à :
    • de nouveaux outils (l'Écothèque à venir, les outils des travailleur·euses voisin·es...) et de nouveaux espaces-temps (les ressourceries, les théâtres éco-équipés, les réseaux) ;
    • de nouveaux métiers : valoriste, accompagnateur·rice à l'écoconception, formateur·rice ;
    • de nouveaux êtres vivants et de nouvelles entités non vivantes.

Or, ces « arts de la fermeture » (s'attacher, se désattacher, se réattacher) « ne sauraient s'inventer sans les travailleur·ses » (p.125) à qui il revient d'opérer une reprise en charge démocratique de leurs communs négatifs. C'est sans doute là une des premières missions de la communauté qui œuvre pour l'écoscénographie.

Bibliographie indicative

  • Tanja Beer, Ecoscenography. An Introduction to Ecological Design for Performance, Palgrave Macmilan, 2021
  • Julie Sermon, Morts ou vifs, Pour une écologie des arts vivants, éditions B42, 2023
  • David Irle, Anaïs Roesch & Samuel Valensi, Décarboner la culture, PUG, 2021
  • Alexandre Monnin, Politiser le renoncement, éd. Divergences, 2023
  • Marin Schaffner, Un sol commun, éd. Wildproject, 2019
  • "La condition écologique", Julie Sermon (dir.), Théâtre/Public, n°247, avril-juin 2023
  • Livret Économie Circulaire et Culture Ville de Paris

Glossaire

Approche de prise en compte, dès la conception, de l'ensemble des impacts présents à chacune des étapes du cycle de vie d'un projet.


Méthode d'évaluation normalisée permettant de réaliser un bilan environnemental multi-critères et multi-étapes d'un produit sur l'ensemble de son cycle de vie.


Ensemble des étapes d'un projet intégrant le choix des matières premières, l'optimisation des processus de fabrication, la diffusion, les transports et la logistique, les usages, le rallongement de la durée de vie ainsi que le traitement en fin de vie.


Approche méthodique prenant en considération les aspects environnementaux du processus de conception et développement dans le but de réduire les impacts environnementaux négatifs tout au long du cycle de vie d'un produit (norme ISO14062).


Au sens de Félix Guattari (cf. son ouvrage Les Trois Écologies publié en 1989), l'écologie peut être triple car elle noue des enjeux d'ordre subjectif (intime, mental), social et environnemental.


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Mentions obligatoires pour citer tout ou partie de ce guide : Augures Lab Scénogrrrraphie, "Qu'est-ce que l'écoscénographie ?", juin 2023, url : https://www.ecotheque.fr/boite-a-outils/travaux-du-lab/quest-ce-que-lecoscenographie