Caroline Dethier

Au Charbon !

Le mot du comité écothèque

Ce projet d'exposition explore plusieurs actions d'écoconception, tant dans la création collaborative, l'approvisionnement en matériaux que dans l'allongement de sa durée de vie. Il propose d'aligner concrètement le propos muséographique sur les enjeux environnementaux avec la scénographie.

Publié par Marie Douel, Quentin Rioual, Jeanne Scribe, Annabel Vergne le 16/12/2025, mis à jour le 10/04/2026


Type de projet

Domaine artistique

Arts visuels

Description du projet

Pour l'exposition Au Charbon !, le studio Marie Douel s'est inspiré du caractère militant des grandes inscriptions utilisées dans les mouvements citoyens contre l'exploitation des énergies fossiles. Prenant place en 2023 au CID Grand-Hornu en Belgique, puis de juin 2025 à mai 2026 au Centre historique minier de Lewarde, l'exposition a été conçue comme un paysage sensible et militant, composé d'objets, de textes et d'images.

Appliqué sur les murs et le sol, le texte plonge le spectateur dans une exposition narrative qui place l'histoire et les projets au même niveau de lecture. Le traitement du texte joue avec une typographie qui fait référence au récit, entrelacée de titres rappelant ceux des manifestations écologiques.

Le pochoir est appliqué directement sur le sol et les murs du bâtiment. Les socles fabriqués à partir de panneaux de bois récupérés sont recouverts d'un seul papier peint imprimé, limitant ainsi les étapes d'enduit, peinture et collage du graphisme sur les socles. Le pochoir au sol crée le parcours curatorial, marquant une frontière naturelle entre le public et les objets fragiles, encourageant le spectateur à baisser les yeux vers le sol, source de l'extraction du charbon.

À travers ce mélange de techniques et la suppression de tout élément issu de la pétrochimie dans l'exposition, la scénographie explore différentes manières de réduire l'impact environnemental d'une exposition, afin d'être en phase avec l'ère post-carbone.

Photos

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

  • © Caroline Dethier

Acteur·rice du projet

Sont mis en avant les membres du Lab qui ont participé à la rédaction de cette fiche, mais l’équipe projet est plus vaste.

Éco-responsabilité du projet

0 Concevoir ensemble
1 Sélection des matériaux ayant le moins d’impact
2 Réduction de la quantité de matière
3 Optimisation des techniques de production
4 Optimisation de la logistique
5 Réduction de l’impact environnemental de la phase d’utilisation
6 Optimisation de la durée de vie du projet
7 Optimisation de la fin de vie du projet

© studio dazd – Augures Lab Scénogrrrraphie, d'après la roue de Brezet & Van Hemel

0

Concevoir ensemble

1

Sélection des matériaux ayant le moins d’impact

2

Réduction de la quantité de matière

3

Optimisation des techniques de production

4

Optimisation de la logistique

5

Réduction de l’impact environnemental de la phase d’utilisation

6

Optimisation de la durée de vie du projet

7

Optimisation de la fin de vie du projet

Qu’est-ce qu’une démarche d’écoconception ?

L’écoconception répond à un cadre strictement défini par une norme et dont l’objectif est “d’obtenir un produit ou un service qui répond à un besoin fonctionnel et dont l’impact environnemental a été réduit de façon significative” (Pôle Écoconception). S’inscrire dans une démarche d’écoconception est une manière de tendre vers cet objectif dans un cadre autonome, plus adaptable et accessible. Tous les projets référencés ne sont pas considérés comme “écoconçus” au sens de la norme, mais comme “inspirants” au sens de l’intérêt de la démarche pour réduire ses impacts à différentes étapes du cycle de vie.

Pourquoi la roue de l’écoconception ?

La roue de Brezet & Van Hemel est un outil stratégique couramment utilisé pour construire et analyser une démarche d’écoconception : il s’agit de donner un cadre de pensée autour des impacts en amont, pendant l’usage et en aval d’un projet. Plus précisément : le cercle intérieur définit le cycle de vie du projet ; le cercle extérieur définit les stratégies d’écoconception à chacune de ces étapes du cycle de vie. Pour un axe stratégique, plusieurs actions peuvent être mises en place. Les projets référencés vous en présentent quelques-unes, pour inspiration et partage d’expérience.


Vous trouverez ci-dessous l’évaluation de ce projet selon l’approche Brezet & Van Hemel, regroupant les différents critères pris en compte et leur explication pour chaque axe de l’approche.

0. Concevoir ensemble

Mobilisation des métiers

Scénographe, chargée d’exposition, curatrices d’exposition, graphiste, imprimeurs, menuisiers, éclairagistes ont été mobilisés dès l'origine pour penser une exposition à faible impact carbone. Cette équipe interne au musée a entièrement réalisé la scénographie.

Sensibilisation des parties prenantes

Pour la réalisation de cette exposition, le studio Marie Douel a pu s'appuyer sur les expertises variées des équipes techniques du musée. Ces savoir-faire directs sur les projets qui se forment au sein de l’institution permettent de réduire considérablement les transports et déplacements de matériaux. Comme la scénographie a été réalisée en interne, les déplacement des matériaux se sont donc concentrés à des éléments du stock du musée, déplacés en atelier puis vers la zone d’exposition, pour un acheminement à moins de 1 km. Le travail de conception a été mené main dans la main avec la graphiste du musée et une équipe d’imprimeurs avec qui le studio a l'habitude de travailler.

Programmation engagée

Quarante ans après la création de Grand-Hornu Images et dix ans après son classement à l’Unesco, Au charbon! est la première exposition du Grand-Hornu consacrée à cette ressource fondatrice de la Révolution industrielle et de l’histoire du site. Ancienne ville minière exemplaire, le Grand-Hornu incarne la mémoire économique, sociale et humaine du charbon, encore aujourd’hui au cœur des enjeux énergétiques et climatiques mondiaux. Ressource majeure mais hautement polluante, le charbon devient ici un matériau symbolique pour interroger le design à l’ère de la transition post-carbone. Designers, architectes et artistes explorent ses dimensions historiques, sociales et écologiques à travers objets, récits et matériaux alternatifs, entre constat critique et perspectives d’avenir. L’exposition propose ainsi une réflexion transdisciplinaire où le design participe à repenser les relations entre humains, nature et ressources.

Renoncement

Dans le but de réduire presque totalement l’utilisation de matières plastiques dans la conception de l’exposition, l’équipe a renoncé à l’utilisation de stickers PVC pour les textes au sol et sur les murs. À la place, tous les textes ont été peints directement sur le sol et les murs avec de la peinture biosourcée à l’aide de pochoirs. Le sticker avait comme avantage une tenue plus longue et surtout une production et application beaucoup plus rapide, mais l’équipe artistique avait à cœur de ne pas aller à l’encontre du message de l’exposition et donc d’utiliser le moins de matières premières non recyclables.

1. Sélection des matériaux ayant le moins d’impact

Matériaux/matériel issus du réemploi ou de la réutilisation

Tous les socles et parois proviennent du stock du musée.

Matériaux fabriqués localement / Matériel sourcés localement

La scénographie repose majoritairement sur des matériaux issus du stock interne du musée. Seuls quelques ajustements mineurs ont été apportés sur place pour les besoins de l'exposition, sans fabrication externe.

3. Optimisation des techniques de production

Production locale

La scénographie a quasi entièrement été réalisée avec des matériaux provenant du stock du musée. Les impressions ont été acheminées en une fois depuis l'imprimerie (à 50 km) vers le musée à Lewarde.

Réduction des chutes de production

Les éléments de la scénographie ont été adaptés aux matériaux disponibles en stock au musée (socles, cimaises existants), avec seulement quelques ajouts ponctuels, afin de limiter les chutes de production.

Réduction du nombre d'étapes de production

L’utilisation de socles et cimaises déjà disponibles a permis de réduire les phases de fabrication et de transformation.

4. Optimisation de la logistique

Transport optimisé

Le réemploi des éléments stockés sur site a permis de limiter les transports de matériaux.

6. Optimisation de la durée de vie du projet

Durée de vie du projet allongée

Le projet a connu une seconde date d’exposition dans une autre institution, avec une scénographie réadaptée sur place. Pour cette seconde date, l'équipe est partie du même concept scénographique (mélange entre texte et éléments scénographiques pour constituer la narration de l’exposition). La construction a de nouveau été faite uniquement avec le matériel présent dans le musée.

Réutilisation ou réemploi internes sur plusieurs projets

À l’issue de l’exposition, les matériaux ont été conservés dans le stock pour un réemploi potentiel sur d’autres projets.

Bilan

Bilan d'évaluation du projet

Le projet a été pensé pour utiliser le moins de matières premières dès le départ. Le CID Grand-Hornu à l'avantage d'avoir un atelier de construction à l'interne du musée, avec une équipe de menuiserie, d'électriciens. Les éléments de scénographies ont été construits à partir du matériel présents dans le stock du musée, et ont été assemblés par l'équipe interne du musée. Par exemple, les structures des socles arrondis ont été réalisés avec des anciens panneaux d'expositions. Comme ils allaient ensuite être recouverts de papiers peints, il n'y avait pas de soucis à utiliser des panneaux de bois différents, même déjà peints.
Tous les socles et parois viennent donc directement du stock du CID Grand Hornu et ont été construits par l’équipe technique du musée. Par dessus ceux-ci, du papier peint sans PVC ni peinture a été appliqué. Après l’exposition, le papier peint a été retiré et recyclé et les socles sont repartis dans le stock du musée.

Réemploi à l'approvisionnement

80%

Réemploi à la fin du projet

80%