Louis Skipwith

Fleurs, au-delà des apparences

Le mot du comité écothèque

Ce projet met autour de la table des partenaires aux savoir-faire complémentaires, ancrés sur le territoire de l'espace de l'exposition. La Vannerie des Prés, la Volumerie, Vaste et l'Écomusée de la Bintanais ont travaillé main dans la main pour façonner un projet ambitieux en terme de réemploi à l'approvisionnement.

Publié par olivia berthon, Jeanne Scribe, Annabel Vergne le 05/08/2025, mis à jour le 16/04/2026


Type de projet

Domaine artistique

Arts visuels

Régions

Bretagne

Description du projet

L'exposition « Fleurs, au-delà des apparences » à l'Écomusée de la Bintinais (novembre 2024 — août 2025) explore notre rapport à la botanique et en particulier aux fleurs présentes dans notre quotidien et tout au long de nos vies. L'exposition nous sensibilise à la biodiversité et à sa préservation à travers une scénographie qui propose une immersion dans plusieurs tableaux patrimoniaux, historiques, scientifiques et symboliques. 

Photos

  • © Louis Skipwith

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Acteur·rices du projet

Sont mis en avant les membres du Lab qui ont participé à la rédaction de cette fiche, mais l’équipe projet est plus vaste.

Éco-responsabilité du projet

0 Concevoir ensemble
1 Sélection des matériaux ayant le moins d’impact
2 Réduction de la quantité de matière
3 Optimisation des techniques de production
4 Optimisation de la logistique
5 Réduction de l’impact environnemental de la phase d’utilisation
6 Optimisation de la durée de vie du projet
7 Optimisation de la fin de vie du projet

© studio dazd – Augures Lab Scénogrrrraphie, d'après la roue de Brezet & Van Hemel

0

Concevoir ensemble

1

Sélection des matériaux ayant le moins d’impact

2

Réduction de la quantité de matière

3

Optimisation des techniques de production

4

Optimisation de la logistique

5

Réduction de l’impact environnemental de la phase d’utilisation

6

Optimisation de la durée de vie du projet

7

Optimisation de la fin de vie du projet

Qu’est-ce qu’une démarche d’écoconception ?

L’écoconception répond à un cadre strictement défini par une norme et dont l’objectif est “d’obtenir un produit ou un service qui répond à un besoin fonctionnel et dont l’impact environnemental a été réduit de façon significative” (Pôle Écoconception). S’inscrire dans une démarche d’écoconception est une manière de tendre vers cet objectif dans un cadre autonome, plus adaptable et accessible. Tous les projets référencés ne sont pas considérés comme “écoconçus” au sens de la norme, mais comme “inspirants” au sens de l’intérêt de la démarche pour réduire ses impacts à différentes étapes du cycle de vie.

Pourquoi la roue de l’écoconception ?

La roue de Brezet & Van Hemel est un outil stratégique couramment utilisé pour construire et analyser une démarche d’écoconception : il s’agit de donner un cadre de pensée autour des impacts en amont, pendant l’usage et en aval d’un projet. Plus précisément : le cercle intérieur définit le cycle de vie du projet ; le cercle extérieur définit les stratégies d’écoconception à chacune de ces étapes du cycle de vie. Pour un axe stratégique, plusieurs actions peuvent être mises en place. Les projets référencés vous en présentent quelques-unes, pour inspiration et partage d’expérience.


Vous trouverez ci-dessous l’évaluation de ce projet selon l’approche Brezet & Van Hemel, regroupant les différents critères pris en compte et leur explication pour chaque axe de l’approche.

0. Concevoir ensemble

Mobilisation des métiers

Scénographie : Vaste (Olivia Berthon, Orianne Filippozzi, Elise Durand) Graphisme : Atelier Ping-Pong (Alma Gromard, Cécilia Génard) Lumière : Hi lighting design (Benoît Deseille, Bruno Pillet) Lieu : Écomusée de la Bintinais, Rennes Commissariat : Sarah Hatziraptis Pôle expositions et collections : Philippe Bardel, Célia Massard, Marie Pichard Coordination de chantier : Aurélien Ouine Agencement scénographique : La Volumerie, Thezé Peinture Décors et vannerie : Artefab, La Vannerie des Prés Signalétique : LD Publicité Éclairage : Spectaculaires Multimédia : Rmd Prod

Sensibilisation des parties prenantes

Dialogue avec la maîtrise d'ouvrage : Pour cette exposition, le studio Vaste et l'Écomusée ont souhaité approfondir leur démarche d’écoresponsabilité. Cette volonté a été soumise à des limites juridiques, administratives ou financières, par exemple le fait de passer des commandes en direct, ou de recourir au don ou à la location. En passant par l'intermédiaire d'un décorateur local indépendant prenant en charge une grande partie des éléments chinés ou loués, ce point a ainsi été résolu. L'entreprise d’agencement a pu également se fournir en réemploi et en seconde main pour certains produits. Dialogue avec les entreprises : L'exposition a fait l'objet d'une collaboration avec des partenaires sensibles à la minimisation de l'empreinte des matériaux de la scénographie. Le réseau local de ces entreprises a été un atout pour l'approvisionnement des ressources nécessaires. Un dialogue approfondi sur le résultat et les finitions a été nécessaire pour satisfaire l’esthétique globale (ossatures apparentes, joints creux assumés).

Programmation engagée

Le propos de cette exposition invite à porter un regard neuf sur la biodiversité et constitue une sensibilisation au vivant à part entière. Cette promenade sensorielle nous amène à la découverte progressive des œuvres et des thématiques parmi des îlots de terre ou de liège. Plusieurs installations en osier rythment la déambulation et marquent le passage entre des espaces évoquant l'extérieur et des espaces plus intimes : un cabinet de botaniste, un atelier d'artiste, une serre de jardinier·e.

Temps adapté à l'écoconception

L’utilisation de matériaux écologiques naturels (osier, terre, liège) a poussé les entreprises sollicitées à s’adapter et à reconsidérer leurs manières de fabriquer. Cela a pris un temps conséquent de dialogue avec la maîtrise d'ouvrage pour adapter la structure des marchés et réaliser des consultations d’entreprises « sur mesure » qui favorisent le réemploi. Il a fallu outrepasser les réticences économiques et les stéréotypes sur des techniques alternatives, souvent mal connues. L’emploi de ces matériaux a demandé des temps d’échange consacrés à l’esthétique finale du projet et une réflexion collective entre tous les intervenant·es. Dès la phase de conception, nous avons essayé de mettre en place un certain nombre d’initiatives écoresponsables. Parmi celles-ci, certaines n’ont pas abouti : • La teinture naturelle sur les tissus : pour des raisons de coûts et la complexité de la mise en œuvre. • Le papier ensemencé biodégradable : produit qui n’existe pas dans l’offre actuelle des entreprises de signalétique. • Le choix d'une peinture avec un plus faible impact : pour des raisons de coût et d’incertitudes techniques sur le produit. • Le réemploi d'une grande serre : impossibilité administrative de prendre celle qui se présentait sur le marché des ressources à donner. • La réutilisation de la majorité des podiums de l'exposition précédente : les assemblages sont collés et enduits, empêchant la transformation.

1. Sélection des matériaux ayant le moins d’impact

Matériaux/matériel issus du réemploi ou de la réutilisation

L'équipe de conception a privilégié le « déjà-là » et réalisé au maximum la scénographie avec des éléments mis à disposition par le site d’accueil pour les réutiliser ou les détourner. Bilan : — 100% des capots en verre ou plexiglass proviennent du stock de l’Écomusée. — Réutilisation des assises, socles, supports de cartels existants, mâts en acier et aluminium, provenant du stock de l’Écomusée. — Conservation au maximum de la scénographie de l’exposition précédente. — Des meubles de seconde main ont été intégrés à la scénographie. Du mobilier chiné ou loué (meubles à tiroirs, tables, chaises en bois et métal, charrette, etc) a été privilégié, en prêtant attention à ne pas les abîmer pour leur réemploi après l’exposition.

Matériaux issus de ressources renouvelables

Les matériaux des éléments fabriqués sont des ressources renouvelables ou issus du réemploi, de déstockage, de déclassement ou d’expositions démontées : • Les cimaises construites : leurs structures composées de bastaings en sapin massif et le parement en MDF proviennent du démontage d’une exposition à Nantes. • Les podiums et mobiliers ont été fabriqués avec différentes essences de CP (peuplier, peuplier rouge, okoumé, bouleau), teintés naturellement au brou de noix et ont été utilisés en patchwork en fonction des stocks initiaux et récoltés par l’entreprise.

Matériaux recyclables

Nous avons intégré du liège 100% recyclable, des panneaux de liège brut et expansé, des matières premières renouvelables et naturelles (osier, enduit terre).

Matériaux fabriqués localement / Matériel sourcés localement

Nous avons souhaité intégrer des matériaux de proximité : • La Vannerie des Prés a réalisé plusieurs installations en osier : des arches, une roseraie et un kiosque. • Les soubassements des réalisations en osier sont en bois massif qui proviennent de scieries locales. • L’enduit terre provient du bassin rennais.

2. Réduction de la quantité de matière

Réduction du poids et/ou du volume de matière

L'objectif de cette scénographie a été de réduire la construction et de fabriquer seulement lorsque c’est utile et indispensable à l’exposition. Pour cela nous avons : — réutilisé au maximum les cimaises existantes des expositions précédentes (92 mètres linéaires). — fabriqué de nouvelles cimaises (32 mètres linéaires) de manière réfléchie dans l’espace, avec un parement plein sur une seule face. Le dos a été laissé brut avec sa structure visible. Ce qui représente 35% du mètre linéaire de cimaise de l’exposition. — décidé de ne pas fermer l’espace de la serre avec du plexiglass, sur toutes ses faces : ni sur les côtés, ni sur le toit pour réduire l’utilisation de plexiglass. — déployé une présentation différente pour moins construire verticalement et créer un parcours suggéré horizontalement avec une présentation sur tiges en métal afin de réduire les surfaces de cimaise.

3. Optimisation des techniques de production

Démontable

Les cimaises et les podiums n’ont pas été jointés avec des bandes : les joints creux sont apparents et affirmés dans une volonté de faciliter le démontage et le réemploi des matières. Les assemblages ont été pensés pour anticiper le démontage aisé des matériaux.

Réparable

Les enduits en terre sont plus faciles à réparer car réversibles et réutilisables contrairement aux liants hydrauliques ou à base de plâtre. Les matériaux massifs comme le liège peuvent supporter des éraflures ou des épaufrures sans que cela n'altère leur aspect. Ainsi, un matériau en apparence plus fragile que du médium peint est en réalité plus résilient aux chocs.

Séparabilité des matériaux

Les fixations du liège sur les podiums sont mécaniques et permettent un désassemblage. Aucun élément n’a été collé pour favoriser leur réemploi, réutilisation ou recyclage. L’équipe technique de l’Écomusée a été missionnée en interne pour assurer ce travail et a été vigilante à cet aspect.

Production locale

Des acteur·rices locaux·les ont fait partie intégrante du projet : une entreprise de décor (Artefab, à 30km du musée), une entreprise d’agencement (La Volumerie à 60 km du musée), des artisanes travaillant l’osier et la maçonnerie terre (La vannerie des Prés, à 30 km du musée).

Réduction du nombre de composants

Nous avons réduit la quantité globale de matières mais la scénographie est composée de plusieurs matériaux différents. Nous avons travaillé sur la démontabilité, la réversibilité et la fin de vie autant que possible. Certains éléments ne sont pas séparables et ce choix a été fait au profit d’expérimentions de matériaux inhabituels dans les espaces d’exposition. (Enduit terre et enduit à composition minérale)

Réduction des chutes de production

L'équipe a tenté d'être vigilante sur ce point et opté pour un patchwork d’essences pour les podiums et les mobiliers en CP afin que le calepinage soit dans une optimisation des panneaux. Cependant, il y a eu peu de temps pour le vérifier en phase d’EXE et sur le chantier.

5. Réduction de l’impact environnemental de la phase d’utilisation

Soin et réparation facilités

Le remplacement des plateaux est possible sans endommager les supports de table ou de podium en réemploi.

6. Optimisation de la durée de vie du projet

Réemploi ou réutilisation anticipés

Les assemblages mécaniques réversibles ont été pensés pour démonter les mobiliers, pour réemploi ou réutilisation. Le désassemblage et la séparabilité des matériaux ont été réalisés pour facilité leur réutilisation. L’Écomusée de la Bintinais est soucieux de la fin de vie des expositions, il fait du don en fin d'exposition et a créé un partenariat avec une recyclerie locale pour donner ce qui ne peut pas être stocké ou réutilisé.

Durée de vie du projet allongée

L'Écomusée de la Bintanais a décidé d'augmenter le temps de présentation des œuvres en suivant les préconisations de l’ICOM : l'exposition a duré 9 mois, de novembre 2024 à août 2025. Les expositions durent souvent trois mois pour des raisons de temps d’exposition des documents à la lumière.

Réutilisation ou réemploi internes sur plusieurs projets

Les plans de la scénographie pourront être remis à la future équipe de conception pour qu’ils puissent s'en saisir. Les fiches techniques et les PV feu ont été rassemblés. Des éléments stockés par l’Écomusée de projets antérieurs ont été réutilisés et le seront de nouveau à la fin de l’exposition. La boucle est bouclée.

Bilan

Bilan d'évaluation du projet

L’écoconception a été au cœur des réflexions de ce projet. La scénographie inclut des cimaises et du mobilier issu du stock de l’Écomusée. Elle allie des éléments naturels, des constructions de réemploi provenant d’anciennes expositions et du mobilier chiné.
Au total, cette opération de réemploi à l’approvisionnement est estimée entre 70 et 80% (en poids de construction).
Seuls la signalétique, les supports associés, la serre, les peintures, les papiers-peints ont été construits à partir de matériaux neufs.
La fin de vie de cette exposition n'a pas été analysée et il n'est pas possible de statuer sur son taux de réemploi en fin de vie, les chiffres sur les éléments réutilisés ou réemployés à l'écomusée restant inconnus.

Réemploi à l'approvisionnement

75%

Réemploi à la fin du projet

0%